Syndrome d’auto-brasserie
- croixbleue57
- 8 juin
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D’après le Journal l’Humanité du 25.04.2026
Oui, on peut être ivre sans avoir bu d’alcool :
On vous explique le syndrome d’auto-brasserie.
Très méconnu, le syndrome d’auto-brasserie désigne la condition par laquelle l’organisme produit naturellement de l’alcool par une fermentation intestinale. Rarissime, elle permet d’expliquer des symptômes d’ivresse et d’alcoolisme sans consommation d’alcool.
Chez les cas les plus sévères, le taux d’alcool peut atteindre 1,2g/L.
C’est l’histoire d’un quadragénaire belge qui a été poursuivi par le tribunal de police de Bruges pour conduite en état d’ivresse en récidive. Rien que de très normal tant l’alcool au volant est fréquent en Europe. Sauf qu’outre-Quiévrain, l’automobiliste a obtenu en avril 2024 sa relaxe. Avec son avocate, Anne Ghesquière, il avait réussi à faire la preuve qu’il souffrait d’un syndrome rare, le syndrome d’auto brasserie ou d’auto fermentation alcoolique. Sans boire une seule goutte d’alcool, le client de Me Ghesquière, dont l’identité n’a pas été précisée, a été contrôlé avec un taux de 0,91 mg/l au lieu de 0,22 mg/l autorisé en Belgique (0,25 en France pour rappel).
D’autres cas avaient défrayé les chroniques médicales. En 2015, un Américain de 45 ans a lui aussi était contrôlé positif à plusieurs reprises avant d’être diagnostiqué comme souffrant du syndrome d’auto brasserie. En 2015, toujours, un Britannique d’une trentaine d’années, Nick Hess, se plaignait d’avoir chaque matin les symptômes de la gueule de bois sans boire une seule goutte d’alcool. Ses proches ont pu témoigner que, sans alcool, Nick Hess paraissait ivre après certains repas. Mais c’est au Japon que les scientifiques ont étudié et recensé le plus grand nombre de cas. En cause, une alimentation riche en glucides de riz, mais aussi une enzyme hépatique anormale.
Une ivresse sans flacon
Très certainement sous-diagnostiqué, ce syndrome a pour principale cause un déséquilibre du microbiote intestinal (sa dysbiose) en premier lieu duquel une prolifération de levures comme Saccharomyces cerevisiae (la levure des boulangers) ou Candida albicans. Lorsque les levures entrent en contact avec du sucre (celui d’aliments ultra transformés, des sodas, mais aussi des pâtes, du pain, de l’amidon de riz, des pommes de terre, etc.), elles le décomposent en éthanol – autrement dit en alcool – par un phénomène de fermentation.
Naturellement présente dans le microbiote intestinal, la population des levures est équilibrée et la fermentation qu’elle occasionne chez un sujet sain aboutit à un taux d’alcool variant de 0,0001 à 0,0008 g/l. Chez les cas les plus atteints par ce syndrome, le taux d’alcool peut monter jusqu’à 1,2 g/l, soit l’équivalent de six verres standards. D’où les symptômes bien connus de l’ivresse et de l’alcoolisme chronique. Dans le cas de Nick Hess, la prolifération des levures était telle qu’il en possédait 400 % de plus qu’un patient sain.
D’autres causes sont à incriminer, comme la prise fréquente ou au long cours d’antibiotiques, qui peut là aussi perturber le microbiote intestinal en tuant les bonnes bactéries et en favorisant la prolifération de levures ; des maladies gastro-intestinales qui ralentissent le mouvement (motilité) du tractus gastro-intestinal ; une glycémie élevée, la pose d’un by-pass gastrique. Bonne nouvelle, ce syndrome rarissime se traite très bien. Une prescription d’antifongique et l’adoption d’un régime pauvre en glucides suffisent dans la plupart des cas à faire disparaître les symptômes.
Roland Mansuy - 13 mai 2026
D’après le Journal l’Humanité du 25.04.2026



