• croixbleue57

La sournoise

Je suis l’alcoolisme, maladie rusée, déroutante, puissante, destructrice.

J’ai tué des millions de gens, j’en suis ravie. J’adore vous avoir par surprise.

Je vous fais croire que je suis votre amie, votre amante. Je vous ai donné du bien-être n’est-ce pas ?

J’étais là pour accompagner votre solitude ! Ne m’avez-vous pas appelée dans vos moments de désespoir ? Et j’étais là, disponible.

Mais j’aime vous faire souffrir, vous faire pleurer. Mieux encore : j’aime vous voir abandonnée au point que vous ne puissiez ni souffrir ni pleurer. Votre corps est si confortable que je prends mon temps pour m’installer et vous détruire.

Mais c’est lentement que je vous donne satisfaction immédiate, et tout ce que je vous demande en retour est une souffrance à long terme.

J’ai toujours été présente à vos côtés. Quand tout dans la vie vous souriait, vous m’invitiez.

Vous disiez que vous ne méritiez pas tout ce qui vous arrivait et j’étais la seule à vous approuver.

Ensemble, nous avons été capables de détruire tout ce qu’il y avait de bon dans votre vie.

Les gens ne me prennent pas au sérieux. Ce sont les mauvais coups, les attaques cardiaques, le diabète et les autres pathologies qui inquiètent.

Pauvres fous, sans mon influence néfaste, tous ces ennuis seraient pratiquement impossibles. Je suis pourtant une maladie détestable. Et pourtant, je ne viens jamais sans y être invitée.

C’est vous qui me choisissez, en dépit de la raison et de la tranquillité de corps et d’esprit.

Tant que vous existez, je continue de vivre. Et tant que vous vivrez, j’existerai.

Je suis là.

En attendant, je souhaite que vous souffriez au point que je puisse renaître.

La MORALITÉ est que l’alcoolisme est une maladie qui vous fait tout perdre dans la vie… Amis(es), famille, travail, enfants, santé et par-dessus tout : la vie.

Vous vous retrouvez seul (e), perdu (e) et c’est la déchéance, le plongeon, l’abîme.

La seule alternative à cette gabegie, c’est l’abstinence que nous recherchons quand tout semble perdu.


Signature : personnes malades en voie de rétablissement.

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L'alcool m'a emprisonnée pendant 32 ans, petit à petit, sournoisement. J'avais 28 ans. Un soir, il est entré dans ma vie sans me demander mon avis, et je ne m'en suis débarrassée qu'à presque 60 ans.