• croixbleue57

L'éclipsé

GARE A L’ECLIPSE !

L’éclipse dans sa phase d’obscurité.


Qu’un individu meurt dans la rue, alcoolique de surcroît, personne ne s’en émouvra outre mesure. Il y aura beaucoup de curieux. Un attroupement.

Le service spécialisé le ramassera, le déposera à la morgue.


Naturellement le propos ici n’est pas de savoir ce qu’il est adviendra du cadavre.

Dans un pays civilisé, on sait qu’il sera pris en charge, incinéré ou enterré.

Ou simplement mis en fosse commune.


Il sera éclipsé de la vie.

Qui se souciera de lui une fois enlevé de la rue !

Tant qu’il était là, petite chose – petit tas, il matérialisait encore quelque chose.

Mais une fois sous terre ou dans un quelconque emballage qui se souciera de lui ! Connaissait-on seulement son nom ?


Nous, dans notre alcool, nous sommes un peu à l’image de cette personne.

Nous sommes des malades tolérés comme tels (pas si sûr que cela), pris dans

un anonymat que nous avons fabriqué et duquel il ne faut pas sortir et déranger.


« Oh ! Mais, il n’a qu’à, il faut qu’il…si on nous prête encore quelque intérêt, bien sûr. »


Bien sûr, oui ! Il faudrait que…comme si le dire ou penser pouvait faire cesser instantanément toute prise d’alcool.


Alors, pendant ces temps où tout le monde a été mobilisé autour de l’évènement, qui s’est soucié plus que d’habitude de ceux qui mouraient des suites de cette maladie terrible qu’est l’alcoolisme ! 49000 morts par an.


Il n’est que de lire les faits divers dans les journaux pour voir que les personnes malades de l’alcool sont, à titre de victime ou de bourreau, le point de mire des uns et des autres. Et je n’aborde pas des faits amplifiés par l’abus d’alcool : féminicides, homicides, incestes et autres viols et atteintes aux personnes ou aux biens, etc.


Henri, c’est le nom qu’on lui donnera, était notre homme, un homme, seul dans la ville, parmi tous les autres hommes depuis longtemps enterrés.


Aujourd'hui encore, le sort des personnes alcooliques ne suscite pas d’émotion particulière, et ceux qui ne veulent ou ne peuvent sortir des griffes de la drogue qui les tue à petit feu seront eux aussi effacés par d’autres événements bien plus intéressants qu’eux-mêmes.

Ne soyons pas des Henri, car dans l’alcool, bien que vivant, nous sommes déjà éclipsés de la vie, peut-être même définitivement.



Malades alcooliques nous sommes des gens qui obscurcissons tout : abstinence et persévérance sont deux médicaments impératifs pour quitter la mélasse, pour rejoindre et renaître à la vie parmi les gens qui resteront et transmettront savoir-faire et clarté.

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L'alcool m'a emprisonnée pendant 32 ans, petit à petit, sournoisement. J'avais 28 ans. Un soir, il est entré dans ma vie sans me demander mon avis, et je ne m'en suis débarrassée qu'à presque 60 ans.