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Alcool et fêtes de fin d’année : du plaisir au risque

  • croixbleue57
  • 22 déc. 2025
  • 4 min de lecture

 

 

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion de consommer de l’alcool parfois en quantité (très) importante. Dans notre civilisation méditerranéenne, civilisation de la vigne et du vin, celui-ci a pris une place très importante, place renforcée par sa connotation religieuse : le vin est le sang du Christ.

 

Le vin, comme les liqueurs monacales et, à un degré moindre, la bière, est réputé éveiller tous les sens : visuellement, il est beau, il a la couleur des joyaux ; au toucher, il est soyeux, velouté ; à l’odorat, il offre des odeurs subtiles et variées ; au goût, on le savoure, on le déguste. Il rappelle de multiples senteurs de bois, de fruits, de plantes… Même l’ouïe a pu être mise à contribution, certains vins étant parfois comparés à divers instruments de musique.

 

Ces fêtes de fin d’année ont elles même un passé très ancien. Elles sont la conjonction de fêtes religieuses et d’anciennes fêtes païennes liées au cycle de l’année et notamment au passage à la nouvelle année.

 

Les boissons alcoolisées y sont bues par et avec plaisir, en réunion, et sont l’objet de discussions infinies sur leurs multiples mérites. Si leur consommation dépasse parfois la mesure, elles font partie, dans notre culture, de la nécessaire convivialité au cours des fêtes. Le vin, les liqueurs doivent être présents sur les tables hospitalières.

 

Moyennant quelques précautions, en particulier avant de conduire, cette consommation ritualisée de plaisir et de convivialité ne pose pas trop de problèmes. Mais les fêtes sont aussi l’occasion d’ivresses, voire d’ivresses pathologiques avec leur cortège de problèmes personnels, sociaux, voire judiciaires, en tout cas d’accidents et de violences, car ces ivresses désinhibent, font perdre les capacités de jugement et de contrôle.

 

On peut d’ailleurs souligner que le lien entre fête, bruit, violence et alcool s’inscrit dans une très ancienne tradition festive en Europe. Ce mode d’alcoolisation devient la norme à cette période. De ce fait, il est perçu, dans ces situations, avec une sorte d’acceptation d’une non-gravité fondamentale, du moins lorsqu’il reste dans des limites à peu près socialement acceptables.

 

Enfin, je voudrais souligner que les formes de « la fête » sont en pleine évolution, notamment dans la jeunesse. C’est maintenant l’occasion de faire trois ou quatre « boîtes » dans la nuit. La surconsommation dans une ambiance très bruyante, accompagnée souvent d’autres produits psychotropes, licites ou illicites, intervient à chaque stade de la soirée et de la nuit jusqu’au matin. La prévention doit donc prendre en compte cette recomposition de l’espace festif de la jeunesse.

 

C’est l’occasion de rappeler ici un certain nombre de points concernant le métabolisme de l’alcool : le taux d’alcoolémie monte plus vite et plus haut à jeun. Si le métabolisme de l’alcool varie avec chaque personne, en moyenne, on admet qu’un verre standard fait augmenter le taux d’alcoolémie à jeun d’environ 0,2 g/l à 0,25 g/l. Deux verres amènent donc le taux d’alcoolémie à proximité du taux légal (0,5 g/l de sang ou 0,25 mg/l d’air expiré). Quant à l’élimination, elle est plus lente qu’on ne le croit souvent : l’alcoolémie diminue de 0,10 à 0,15 g/l et par heure. Ainsi, pour un taux d’alcoolémie de 1 g/l, il faut donc compter quatre à cinq heures pour qu’il redescende sous le taux légal et le double pour qu’il revienne à zéro.

 

Mais pour conduire en toute sécurité, le mieux est de tester son taux d’alcool dans l’air expiré. Pour des taux très élevés, le lendemain matin on peut être encore en infraction et inapte à conduire.

 

Si cette alcoolisation festive est la plus fréquente, il faut cependant rappeler que l’on boit aussi à cette occasion parce que l’on est seul.

 

Outre les complications aiguës déjà citées, ces fêtes peuvent être aussi l’occasion de consommations excessives répétées. Or la répétition des ivresses, notamment chez les jeunes, est une façon d’entrer dans le mésusage. Cette consommation, d’abord pendant les fêtes, puis les week-ends, puis de plus en plus souvent, peut amener à une consommation régulière et finalement à une consommation excessive et à une alcoolodépendance.

 

Enfin, je voudrais terminer ce bref survol par le fait que si la consommation d’alcool pendant les fêtes est d’abord conviviale, elle pose divers problèmes à ceux qui, devenus alcoolodépendants, ont réussi à interrompre leur consommation : quelle attitude avoir de la part de leur entourage et de leur part ?

 

Pour l’entourage, il y a toujours le dilemme de savoir s’il est possible de servir de l’alcool ou pas. Une attitude gênée met tout le monde mal à l’aise. Et que va-t-il se passer ? L’entourage proche craignant de voir la consommation reprendre à cette occasion.

 

Pour la personne nouvellement abstinente, comment évaluer le risque ? Vaut-il mieux s’abstenir de participer à une fête que l’on pressent arrosée, mais comment éviter des fêtes de famille également très importantes pour le maintien des liens familiaux ou amicaux ? Quelle attitude avoir face à la proposition de consommation d’alcool ? Proposition parfois insistante pouvant amener à des réponses ambiguës, des justifications compliquées qui peuvent finalement aboutir à prendre ce premier verre tant redouté, précurseur d’une longue série d’autres verres.

 

C’est d’abord au maintien d’une décision claire et forte d’arrêt de toute consommation d’alcool quelle que soit la situation qu’il faut se raccrocher, décision garante d’une motivation également forte et de la capacité à refuser le verre qui est offert.

 

Pour les abstinents les plus anciens, moins que l’envie de boire, c’est davantage le fait de baisser la garde qui peut poser problème. Les difficultés sévères auxquelles la personne était confrontée plusieurs années auparavant se sont estompées et le risque est plutôt de penser : « Tout cela n’était pas si grave, je me sens maintenant très bien, je peux bien boire un verre comme tout le monde, cela ne me fera pas de mal, je me sens assez fort » ou le prendre sans réellement y faire attention réactivant par là même un processus neurobiologique qui reste profondément inscrit dans le cerveau.

 

Ainsi, les fêtes de fin d’année, où l’alcool est si présent, sont l’occasion d’une convivialité importante. Mais il faut rappeler et insister sur le fait qu’il est tout à fait possible de faire la fête sans alcool. On en profite souvent bien davantage que lorsque l’ivresse altère capacités et jugement. Elles sont aussi l’occasion de dérapages dont les conséquences peuvent être dramatiques.

 

Très bonnes fêtes de fin d’année à tous.

 

 

Pr F. PAILLE

Professeur honoraire de Thérapeutique et d’Addictologie à l’Université de Lorraine

 
 

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