top of page
  • croixbleue57

Oser s'affronter

Il aura fallu du temps et l'isolement pour m'imposer cette nécessaire solitude. Il me fallait la rupture pour pouvoir aller à ma rencontre. En effet, choisir l'abstinence c'est finalement aussi faire le choix de sa rencontre. Et ce n'est pas seulement poser le regard sur soi, mais c'est visiter son espace intérieur pour ressentir et comprendre les émotions qui nous traversent, en particulier celles qui un jour nous font basculer dans la dépendance.


Longtemps je suis restée spectatrice de ma vie, en attente, avec toujours ce constat amer de l'état de ma douleur. Cette douleur, de plus en plus insupportable, je l’ai à maintes reprises noyée dans un verre. Je cherchais à m'échapper, à oublier, à enterrer cette douleur. Il me fallait fuir sans cesse et plus je fuyais, plus je consommais. Mais la fuite évidemment n'est pas la solution, car quoi qu'il arrive, la douleur refait toujours surface.


Alors un jour j'ai fait le choix de la vie, ce qui a supposé de stopper ma fuite permanente et d'engager un affrontement. Je devais affronter mon moi intérieur. Il me fallait oser la provocation, provoquer la confrontation réelle face à ma douleur et donc à mes peurs. Il fallait que j'ose enfin faire ma connaissance.


La dépendance indique qu'il manque quelque chose à notre vie et que par définition s’il y a un manque c'est qu'il y a un vide à combler. On cherche à l'extérieur quelque chose pour combler ce vide, quelque chose qui nous remplit (par exemple avec l'alcool). Mais le travail qu'il est nécessaire d'entreprendre est bien plus celui de chercher à l'intérieur ce qui nous rend vide. La seule façon de stopper la dépendance est de trouver ce qui nous rend dépendant et par conséquent de visiter ce vide en nous. La dépendance est une souffrance qui s'arrête dès lors que nous sommes en mesure de la reconnaître et de l'accepter pleinement sans chercher à la compenser ou à la combler. Notre dépendance sera définitivement terminée dès l'instant où nous saurons nous donner à nous-mêmes ce que nous cherchons à l'extérieur. Il faut être conscient de ses propres manques et être en paix avec eux. Cette prise de conscience demande de travailler sur l’estime de soi pour apprendre à s'aimer, à reconnaître ses qualités, à apprendre à se valoriser, à s'affirmer, à être fier de soi et ne plus culpabiliser.


En m'attachant à mes émotions plus qu'à mes pensées j'ai ressenti une forme d'apaisement, une énergie nouvelle qui m’envahissait. Le fait peut-être d'oser vivre, là et maintenant. J'ai compris qu'il fallait savoir rester présent, en pleine conscience. Être le gardien vigilant de son espace intérieur, observer l'émotion, ressentir plutôt que d'être submergé par la souffrance. Les pensées, le mental, se nourrissent du temps, le psychisme que cherche continuellement à dissimuler l'instant présent derrière le passé et le futur. Plus nous nous identifions à nos pensées, moins nous sommes présents en tant que conscience et plus grande est la charge émotionnelle (de peur, de souffrance).


Être en mesure de respecter et d'accepter le moment présent c'est se libérer de la douleur. Pour ne plus créer de souffrance ou pour ne plus rien ajouter aux résidus de la souffrance passée qui vit en nous, il faut prendre pleinement conscience que le moment présent est toujours uniquement ce que nous avons. En effet, qu’y a-t-il de plus futile que de résister intérieurement à ce qui est déjà, qu’y a-t-il de plus insensé que de s'opposer à la vie même, qui est maintenant, là, présente toujours.


S’abandonner à ce qui est c'est accepter la vie et la vivre enfin.


Sandrine


17 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Ce témoignage est un rafraîchissement de l’évènement évoqué dans ce récit. Cet état des lieux - révèle celui que je suis devenu par le désir à me sortir d’une addiction à l’alcool. C’est banal et pou

Rechute

bottom of page